Terre des Hommes – Délégation du Doubs
Pour le droit à vivre dignes

Site de la délégation départementale du Doubs (DD25) de l’ONG Terre des Hommes France

Lutte contre le COVID 19 en milieu rural dans l’Amou (Togo)
Le partenariat de l’ONG Action Sud et de Terre des Hommes France

Romain Outcha
Directeur exécutif
ONG Action Sud Atakpamé/Togo

Article mis en ligne le 19 mai 2020

par Romain Outcha, Action Sud
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Témoignage de Romain K. Outcha [1]

Le défi sanitaire imposé à l’humanité par le coronavirus (Covid-19) depuis son apparition en Chine en novembre 2019, puis sa propension aux quatre coins de la planète donne, non seulement du tournis aux dirigeants, même les plus puissants de ce monde, mais surtout de l’insomnie aux populations au sein desquelles se sont installées panique et désolation avec ces morts par milliers. C’est la débandade totale dans la riposte : chacun à qui mieux, mieux, vu qu’il n’y a à ce jour aucun remède avéré qui le guérit, si ce n’est que des tâtonnements et des « on va essayer pour voir…’ »

La situation au Togo :

Au Togo, depuis le premier cas du Covid-19 enregistré le 6 mars dernier, le gouvernement a pris différentes mesures non seulement pour gérer l’épidémie et en limiter la propagation mais aussi pour soulager les populations les plus vulnérables des effets économiques et sociaux pervers de cette crise sanitaire sans précédent : fermeture de toutes les frontières du pays, fermeture des écoles et lieux de culte, interdiction des rassemblements publics, bouclage de certaines zones du territoire comme Lomé, Sokodé et Kpalimé, avec instauration d’un couvre-feu, aménagement d’un site médical d’accueil dédié au Covid-19, etc. Mais au-delà de ces dispositions exceptionnelles d’état d’urgence, la sensibilisation sur le port de masques, l’hygiène par le lavage des mains, la distanciation sociale et l’auto confinement constituent l’essentiel des mesures barrières édictées par le gouvernement pour limiter la propagation du virus.

Fort heureusement pour le Togo, c’est le cas d’ailleurs pour la sous-région ouest-africaine, le pays n’a pas encore connu les ravages constatés sur les autres continents. Nous en sommes à ce jour du 6 mai à 128 cas confirmés dont neuf décès, 77 guéris et 42 cas encore actifs (hospitalisés).

La sensibilisation des populations locales

Mais au regard de la très faible capacité de prise en charge médicale dont dispose le Togo, c’est d’ailleurs le cas pour beaucoup de pays africains, il n’est pas question de se satisfaire de cette situation de relative ‘ « clémence’ » dont bénéficie le pays dans l’atteinte par le virus. L’heure n’est donc pas à légèreté dans les attitudes face à l’épidémie. Ainsi, passé le temps de panique, de confusions de tout genre et de peur obligeant à l’auto confinement, place à la sérénité et à la descente dans l’arène de la mobilisation populaire contre cette pandémie.

Répondant à l’appel du gouvernement, l’ONG Action Sud, à l’instar de beaucoup d’Organisations de la Société Civile (OSC), s’active pour soutenir les actions de sensibilisation des populations locales qui, pour certaines, sont encore dans le doute ou dans le déni de la réalité de cette pandémie et de son caractère exceptionnellement meurtrier.

La situation dans la préfecture de l’Amou

Action Sud agit dans la préfecture d’Amou (à 170 km au nord ouest de Lomé) depuis 1913. Elle y accompagne les populations locales de six cantons dans l’éducation et l’accès aux droits, l’organisation communautaire et le renforcement des capacités et des initiatives endogènes contre la pauvreté [2]. C’était du 20 au 26 avril 2020, elle est allée à la rencontre de ses partenaires à la base pour se solidariser avec eux, s’enquérir du niveau d’information et de prise de conscience des populations, des attitudes vis-à-vis des mesures barrières édictées, mais aussi toucher du doigt les effets pervers de cette crise sanitaire qui impactent les communautés au plan économique et social.

Le déni

Sur place, même si la situation n’est pas encore critique, elle ne va pas tarder à devenir alarmante, au regard de frange des populations qui baignent, pour certains dans le scepticisme, et pour d’autres, dans la désinformation.

Au plan communautaire, les marchés sont toujours ouverts, comme c’est le cas des marchés cantonaux de Kpatégan, de Témédja et ou encore de Glélou, pour ne citer que ceux-là. Même si de manière générale l’ambiance est plutôt à la peur et à la vigilance, beaucoup sont encore dans le déni de la réalité, conduisant ainsi au refus du port de masque et de respect des mesures d’hygiène dont le lavage des mains :

  • « C’est une maladie de la ville, c’est les riches qui voyagent en avion-là qui le contractent », entend-on dire souvent.
  • « Le corona ne peut pas arriver jusqu’à chez nous dans la brousse ici », déclare, Yao, jeune conducteur de taxi moto à Démé, canton de Hihétro.
  • « On n’est pas des chiens pour se museler la gueule à longueur de journée… Avec toute cette chaleur qu’il fait » (40° et plus), comment respirer sans s’étouffer ? » a dit maman Essivi, revendeuse de bouillie à Avédjé.

Photo Action Sud. Marché de Témédja

L’absence de moyens

Mais au-delà de ces déclarations qui témoignent du manque d’information et des actions d’éveil, l’autre réalité aussi est que les populations n’ont pas les moyens de s’offrir des masques (cache-nez) et des dispositifs collectifs ou individuels de lavage des mains. On n’en trouve presque pas sur les places publiques. Rare sont les chefs de village qui ont mis devant leurs maisons.

  • {}« Nous voulons bien avoir aussi les lave-mains mais comment trouver 9 000 ou 10 000 F CFA (14 à 15€) pour en acheter alors que nous avons du mal à nourrir nos enfants avec la cherté de la vie où les prix des denrées importées ont triplé en deux mois seulement, parce que les frontières sont fermées ?!!!, » comme M. MEDODI, conseiller du chef canton de Katanga.

Photo Action Sud. Marché de Témédja

L’urgence est là. Il faut faire vite avant que les marchés locaux, véritables poudrières explosives, ne deviennent les lieux par excellence de propagation du virus s’il advenait qu’un cas contaminé s’y introduise.

L’action d’Action Sud

En lien avec TDHF, Action Sud se met aux côtés des populations locales d’Amou à travers notamment les Comités Cantonaux de Développement (CCD), la dynamique des femmes rurales « ASSIWA » mis en place par le projet « Itiessi » et les chefferies, pour organiser dans les prochains jours :

des séances de sensibilisation populaire (itinérante par mégaphone, mesures de distanciation obligent) et mettre à la disposition des populations les plus en difficulté quelques matériels de protection notamment les cache-nez (localement produits), les dispositifs de lavage des mains avec désinfectants (eau de javel et savon).

Photo Action Sud. Marché de Témédja

Les besoins sont immenses et les pouvoirs publics, trop occupés à la riposte sanitaire dans les structures hospitalières, ont du mal à répondre aux demandes, notamment celles issues des milieux ruraux.

C’est le lieu ici d’appeler à la solidarité des uns et des autres pour accroître la capacité d’intervention d’Action Sud au profit de ces communautés déjà fragiles fortement impactées la crise sanitaire.

Le nombre de villages prévus dans la zone de couverture d’Action Sud dans l’Amou est de dix, (mais le déploiement ne se fera qu’en fonction des moyens mobilisés : plus on en aura et plus de villages seront couverts.

Ensemble, brisons la chaîne de contamination du Covid-19
La délégation prépare une vente au profit d’Action Sud. Contactez-nous !

Photo Action Sud. Marché de Témédja
Notes :

[1Romain Outcha est un contributeur régulier des Actes de la form’action de la délégation du Doubs. Action Sud a été le partenaire du programme de l’Amou en Franche-Comté 1918-1919. Ce programme se prolonge en 2019-2020 par la correspondance entre l’école primaire de Roche lez Beaupré et celle d’Amlamé. http://terredeshommesdoubs.org/-De-l-Amou-a-la-Franche-Comte-


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