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Terre des Hommes – Délégation du Doubs
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L’exercice de la citoyenneté doit avoir un objectif clairement politique
Article mis en ligne le 22 novembre 2016
dernière modification le 23 novembre 2016

par Henry Morales, Tzuk Kim Pop
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Article de Henry Morales, Mouvement Tzuk Kim Pop, Guatemala, paru dans Ici on s’honore du titre de citoyen – Actes de la formaction 2015.
Traduction Denise Delprat

1 . Présentez brièvement votre structure : objectifs, nombre de travailleurs

a-Structure de l’organisation de la coordination du Mouvement TZUK KIM POP :

POSTES PERSONNEL
Conseil de Direction Le directeur et le suppléant de chacune des organisations membres
Conseiller général Une personne
Conseil d’administration Trois personnes
Coordination des Relations Internationales Une personne
Personnel administratif Une personne
Personnel technique Huit personnes

b- Objectifs

Le Mouvement TZUK KIM POP et les organisations qui le composent contribuent au processus de développement et de consolidation des mouvements sociaux responsables, organisés, qui font des propositions participent, promeuvent et défendent l’exercice des droits économiques, politiques, sociaux, culturels et environnementaux de la population du Haut Plateau Occidental du Guatemala.

2 – Quel est le champ prioritaire de votre activité ?

La formation civique, politique et technique en vue du développement.

3 – Comment et quand avez-vous connu Terre des hommes-France ?

Nous nous connaissons depuis huit ans environ, notre relation a commencé dans le cadre du processus « Amérique Centrale pour le dialogue ». Depuis cinq ans nous travaillons directement.

4 – Est-ce que l’on parle de citoyenneté dans votre pays ? Comment s’exerce-t-elle ?

Dans la Constitution de la République, la citoyenneté est reconnue à partir de l’âge de 18 ans et on y mentionne quels sont les droits et devoirs du citoyen, ils sont énoncés dans la partie concernant les élections et il n’y a pas grand chose d’autre à ce sujet.

En ce qui concerne le processus électoral, la participation citoyenne a été plutôt modérée, voire mauvaise, mais en dépit d’ une grande abstention le processus se réalise si on ne prend que les chiffres en considération. Mais la qualité de la participation est tout autre. Le vote est plutôt manipulé ou contraint et coïncide rarement avec une ligne idéologique. La caractéristique du processus électoral est d’être un clientélisme où celui qui arrive à gagner est celui qui offre le plus d’argent, ou donne le plus de tôles pour les toits de la maison, de la nourriture, ou quelqu’autre produit pour les besoins immédiats de la population. Une des raisons d’une telle situation, sans aucun doute, est la scolarisation très réduite de la population, situation qui est due à d’autres causes.

Si on considère le point de vue de ceux qui exercent les fonctions du secteur public ils en ont fait un espace où le candidat peut s’enrichir. Les coûts de campagne sont supportés par des personnes ou des instances qui, une fois arrivée l’échéance, toucheront la récompense. Le candidat élu devra trouver le moyen de payer les dettes et, bien entendu, l’argent qu’il prétend gagner lui-même. Un bon exemple de cela, ce sont les plaintes de la CICIG à propos des cas de corruption au sein de la Superintendencia de Administracion Tributaria (administration des impôts) et de l’Instituto Guatemalteco de Seguridad Social (sécurité sociale).

En dehors du cadre électoral de tels réseaux ont été plutôt démembrés, chaque secteur ou corporation s’est mis à revendiquer selon ses propres intérêts.

Le corps enseignant de son côté présente ses propres revendications, la corporation des médecins fait de même, les peuples indigènes, bien sûr, ont leur propre agenda et ne sont pas non plus un mouvement bien organisé, les femmes, les jeunes, etc…, font de même.

D’une façon générale, on peut dire que la participation citoyenne a eu un bon développement avant la signature des Accords de Paix et un peu après. A partir de cette époque-là jusqu’à aujourd’hui il y a eu quelques manifestations comme lors du coup d’état de Serrano Elias, ou de l’assassinat de Rodrigo Rosenberg, un personnage plus ou moins public, lié aux secteurs de pouvoir économique, bien que dans ce cas le soulèvement soit venu surtout des couches moyennes supérieures de la société guatémaltèque. Parmi les actions plus populaires et significatives de participation citoyenne il y a eu celle qui a été menée pendant la consultation populaire pour la réforme constitutionnelle de 1999 et qui s’est mal terminée, ou celles menées contre le secteur minier et les méga-projets. Elles ont produit peu de résultats parce qu’elles ne se sont pas réalisées selon les dispositifs légaux. Sur plus de soixante dix plaintes contre le secteur minier deux seulement ont été retenues.

Cette participation s’est réactivée en ce moment à cause des cas de corruption découverts par la CICIG, qui ont amené la démission de l’ex vice présidente Roxana Baldetti, et aussi à cause d’une forte pression pour la démission de l’actuel président Otto Pérez, pression contre la corruption, ce qui a provoqué aussi une forte mobilisation des sphères politiques pour essayer de surmonter la situation.

D’une façon générale, la participation citoyenne a été démembrée, avec de forts rebondissements dans des situations occasionnelles comme celle d’aujourd’hui qui, après le conflit armé a été la mobilisation la plus forte, situation qui est en train d’obliger à faire des changements significatifs dans la manière de gouverner et de faire de la politique en général. En ce qui concerne le processus électoral, la participation citoyenne a été plutôt modérée, voire mauvaise, bien qu’avec une grande abstention le processus se réalise. En ne prenant que les chiffres en considération. Mais la qualité de la participation est tout autre. Le vote est plutôt manipulé ou contraint et coïncide rarement avec une ligne idéologique. La caractéristique du processus électoral est d’être un clientélisme où celui qui arrive à gagner est celui qui offre le plus d’argent, ou donne le plus de tôles pour les toits de la maison, de la nourriture, ou quelqu’autre produit pour les besoins immédiats de la population. Une des causes d’une telle situation, sans aucun doute, est la scolarisation très réduite de la population, situation qui est due à d’autres causes.

5 – La citoyenneté est-elle liée à la solidarité ? Comment ? Pouvez-vous donner des exemples ?

La citoyenneté comme action politique ne l’est pas nécessairement, cela dépend de sa ligne politique, idéologique. Personnellement je crois que l’exercice de la citoyenneté ne se fait pas in abstracto, mais en accord avec des principes idéologiques dans le meilleur des cas. Il y a ceux qui exercent leur citoyenneté à partir d’une position de droite, ou d’extrême droite, d’autres à partir d’une position de gauche, d’autres à partir de ce qui est pratiqué dans leur secteur ou leur corporation. Il est probable que la solidarité se pratique à l’intérieur des corporations ou des secteurs, mais même à l’interne il peut y avoir des différences idéologiques. Il y en a qui tendent davantage vers la solidarité, d’autres vers l’individualisme. D’ailleurs, on a peut-être vu des exemples de solidarité citoyenne dans les moments de catastrophes comme celles dues à des phénomènes naturels , les tremblements de terre ou les fortes pluies. Une fois terminés la solidarité s’estompe, mais je ne sais pas si c’est de la citoyenneté ou une action charitable. L’exercice de la citoyenneté doit, je crois, avoir un objectif clairement politique.

6 – Pensez-vous que la citoyenneté soit un facteur de développement ? Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Oui, il me semble que le mouvement citoyen qui se développe actuellement dans le pays aboutira à de grands changements politiques qui favoriseront le développement. Sans doute ne vont-ils pas sortir le pays d’un seul coup de la situation où il se trouve, mais ce sera certainement une avancée. L’histoire nous en donne aussi des exemples, la révolution russe, la chute de la dictature franquiste, la révolution de 1944 à 54 au Guatemala, plus récemment la Grèce, l’Amérique latine avec son basculement vers la gauche comme en Équateur, en Bolivie, au Venezuela, en Argentine. Il y a eu dans tous ces pays un fort mouvement citoyen. Si, bien sûr, nous comprenons le développement non seulement comme un accroissement économique illimité, mais comme une meilleure distribution des richesses.

7 – Pensez-vous que la citoyenneté soit un facteur d’égalité entre hommes et femmes ? Donnez quelques exemples.

Si comme exercice politique c’est une de ses préoccupations, alors oui. Le mouvement des femmes dans son secteur est un exercice citoyen, c’est à dire politique, soutenu par des hommes. Dans la plupart des organisations sociales la participation des femmes est plus évidente, le discours lui-même est en train de changer ; bien sûr ce n’est pas vrai partout, et c’est peut-être une chose que l’on ne comprend pas bien, étant donné que l’on ne prend pas en compte les contextes géographiques, économiques, sociaux ou culturels. C’est tout cela qui conditionne l’égalité entre hommes et femmes.

8 – Pensez-vous que la citoyenneté puisse aider au dialogue entre les cultures religieuses, nationales et internationales ?

Comme je l’ai souligné, c’est un exercice politique qui doit être mené vers cet objectif. Il conviendrait de se demander si les manifestations du Ku Kux Klan, ou celles de l’Allemagne nazie envers les juifs, n’étaient pas politiques, et, comme telles, un exercice citoyen aussi aberrant que ce soit. Bien entendu, on peut faire de même en sens inverse, un exercice citoyen qui tende à l’unification de groupes, secteurs, corporations ou nations.

9. Pensez-vous que l’action que vous développez au sein de votre association implique la notion de citoyenneté ? Pourquoi ? Comment ? Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Avoir conscience d’exercer la citoyenneté, oui. Il s’agit de faire en sorte que les secteurs avec lesquels nous travaillons sachent quels sont leurs droits et leurs devoirs, et en fonction de cela les pousser à s’organiser et, par conséquent les inciter à une participation politique. C’est l’objectif de toutes nos actions. Par exemple, dans la conjoncture actuelle, chercher à procurer aux groupes avec lesquels nous travaillons les éléments nécessaires pour choisir leur vote sur la base d’une formation préalable, et éventuellement pour que cette participation politique aille au-delà des élections.

10. La citoyenneté doit-elle s’apprendre ? En cas de réponse affirmative, comment ? Pouvez-vous donner un exemple ?

La citoyenneté s’exerçant dans le champ politique, elle se pratique par action ou par omission, dans le meilleur des cas, ce doit être par l’action et, mieux encore, en pleine connaissance de cause ; c’est à dire que l’exercice de citoyen conscient est une chose qui s’apprend, même s’il répond à des intérêts personnels et non pas de groupe. A titre d’exemple : on ne naît pas comme personne de droite ou de gauche, c’est une chose qu’on apprend ; tu l’apprends et te l’appropries et décides dans quelle direction tourner ta participation.

11. Quelles actions vous paraissent-elles le plus utiles pour promouvoir la citoyenneté ?

La formation civico-politique de la population et, bien entendu, la participation directe.

12. Avez-vous constaté que les jeunes, comme en France, ne se sentent pas concernés par la citoyenneté ? Quelles actions conseillez-vous ou menez-vous ?

Oui ; bien que je croie qu’il s’agit de contextes différents, je ne pourrais pas dire clairement ce qui provoque ça, mais il est significatif de voir la formation scolaire qui tend, dans le cas du Guatemala, vers ce qui est technique, vers ces professions qui sont les mieux rémunérées ; les gens concentrent leur effort sur l’ascension économique, gagner, entrer en compétition. En conséquence ils apprennent cette forme d’action ; on ne leur apprend pas à analyser, on leur apprend à agir. Ce n’est pas le seul facteur évidemment, mais ça a quelque chose à voir. Il y a sans doute beaucoup d’autres raisons.

Il n’y a guère d’autres options : au Guatemala on a essayé de faire une révolution, mais ça n’a pas marché, il ne reste plus qu’à insister sur la formation de la population.

13. La citoyenneté vous paraît-elle être un remède contre le sentiment d’impuissance ? Comme un facteur de changement individuel et social ?

Oui, elle fournit des raisons, des motifs. J’y insiste, l’exercice de la citoyenneté est politique et si c’est une citoyenneté consciente, elle donne une raison, un motif de mobilisation.

14. Quelles sont vos rapports avec les pouvoirs publics ? Qu’attendez-vous d’eux ?

Dans la plupart des cas ce sont des rapports d’antagonisme et, dans les conditions actuelles, je n’attendrais pas grand chose de leur part.

15. Racontez une situation concernant la citoyenneté qui vous ait affecté particulièrement.

Une guerre de 36 ans.




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