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Action Sud (Togo) et le droit des femmes
Action sud — Togo
Article mis en ligne le 15 juillet 2018

par Action Sud, Romain Outcha
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Présentation

Action sud agit dans la région des Plateaux, au centre du Togo. Elle a pour objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion en milieu rural. Elle accompagne les Comités villageois de développement (CVD) pour développer des initiatives locales de développement.

Quel est le champ prioritaire de votre activité ?

Organisation communautaire et synergies locales : appui à la structuration, formation des leaders et accompagnement technique dans l’élaboration et la mise en œuvre de plan d’action et microprojets.

Éducation aux Droits et à la citoyenneté : éveil et sensibilisation, formations, mise en place de dispositifs endogène relais et de veille communautaire.

Développement de la micro entreprise rurale : accompagnement des initiatives génératrices de revenus en réponse à la pauvreté économique et à l’émigration dangereuse des jeunes et des enfants.

Est-ce que votre action se réclame de la DUDH ? Est-ce qu’elle inspire votre réflexion. Sur quel thème ?

Oui, sur la thématique des DESC et des DCP mais particulièrement les ‘’Droits de la femme et de la jeune fille’’ sur lesquels nous nous focalisons davantage depuis 2017.

Est-ce qu’elle vous est pratiquement utile ? Est-ce qu’elle vous aide dans vos relations avec les pouvoirs publics ?

Cette thématique nous a été utile dans la mesure où la DUDH constitue le texte fondamental duquel découlent les autres instruments juridiques internationaux (PIDESC, PIDCP, chartes et autres protocoles additionnels qui rendent les droits exigibles et justiciables) auxquels nous faisons référence dans nos démarches de sensibilisation et de formation.

Le gouvernement développe-t-il une politique en accord ou en contradiction avec la DUDH ?

Plusieurs Textes ont été adoptés par le gouvernement pour la protection des droits de l’homme en lien avec la DUDH, notamment la Constitution de 1992, la ratification du PIDESC et du PIDCP et autres lois qui protègent les citoyens contre les violations.

Le problème aujourd’hui est l’application de ces lois qui ne suit pas toujours, et donc des violations qu’on observe ici et là, notamment par le pouvoir politique et les forces de l’ordre ou l’armée.

Est-ce que vos programmes comportent une sensibilisation aux droits de l’homme ? Sur quel aspect plus particulièrement ?

Action Sud travaille sur la thématique ‘’Droit de la femme’’ en milieu rural.

Ce travail consiste en des séances de sensibilisation, de formation et des dispositifs endogènes participatifs à mettre en place par les femmes elles-mêmes en réponse à la méconnaissance des droits par la majorité des populations aux diverses violations et discriminationsdont sont victimes les femmes et les jeunes filles de la région.

La loi et son application

Au Togo de nombreuses lois en faveur de la femme, interdisant notamment toutes formes de discrimination liées au sexe ont été votées et promulguées.

Cependant, on note encore dans la pratique des violations massives de ces lois, réduisant ainsi l’accès des femmes à leurs droits fondamentaux.

Parmi les obstacles qui s’opposent à la jouissance effective des droits des femmes figurent en bonne place l’ignorance que les femmes, elles-mêmes, ont de la loi et son accessibilité.

Ces causes sont liées à un certain nombre de facteurs dont : l’analphabétisme, la pauvreté, la persistance de coutumes rétrogrades et dégradantes envers la femme.

La question de l’héritage

En effet dans la préfecture d’Amou, comme dans d’autres zones de la Région des Plateaux au Togo et s’agissant particulièrement des droits de la femme et de la jeune fille, la question de la discrimination dans le partage de l’héritage familial (droit à la terre surtout) qui, surtout en milieu rural se limite la plupart du temps aux hommes est une préoccupation poignante.

La situation de la veuve

La stigmatisation et la dépossession des femmes après le décès de leurs maris est un tout autre problème auquel les femmes sont exposées. Les rites du veuvage imposés aux femmes avec des pratiques dégradantes sont d’autres aspects de ce contexte.

La situation des jeunes filles-enfants

Le harcèlement sexuel en milieu scolaire, la non considération ou le refus parental de l’éducation de la jeune fille, l’émigration économique forcée des jeunes filles ou des filles-enfants (pour les travaux domestiques en ville) comme source de revenu de la famille ont souvent cours dans la région.

Les violences à l’égard des femmes

Les violences de toutes sortes (physiques, verbales, économiques, psychologiques, etc.) faites aux femmes ont encore cours dans le milieu malgré l’existence de plusieurs lois pénales en accord avec les instruments internationaux et nationaux de protection des droits de la femme adoptés par le Togo, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Constitution, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et les autres textes afférents qui énoncent clairement l’égalité entre homme et femme et l’obligation de mettre fin aux pratiques de violences (articles 232 et 237 code pénal) et de discrimination de tout genre ((articles 311, 312, 313 code pénal), de harcèlement sexuel et de viol(article 211 et 399 code pénal).

Les dispositifs d’accompagnement

C’est en référence à cette situation, source de préoccupations majeures qu’Action Sud consacre un volet spécifique de ses activités un travail d’accompagnement de proximité des femmes/jeunes filles de la préfecture d’Amou, notamment celles des cinq cantons où s’exécute le projet Itiessi.

Les dispositifs Assiwa et Iténa

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Le travail d’Action Sud est stratégiquement structuré autour de l’émergence de deux dispositifs endogènes portés par les femmes elles-mêmes dans chaque village d’intervention, dénommés ‘’Assiwa ‘’ ‘’les femmes ! ’’, en langue locale Akposso) et Foyers de protection ‘’Itèna’’ (Itèna qui veut dire ‘’au secours’’ ou ‘’SOS’’) qui émergent sous l’accompagnement (formations technique) d’Action Sud.

les groupes ‘’ASSIWA’’, sont des organisations communautaires féminines constituées de femmes qui veulent s’investir dans une dynamique de protection de leurs droits dans leurs villages ; des femmes qui décident de prendre leurs destins en main et de ne plus se laisser faire ou abuser par les hommes en tant qu’époux ou parents.

Ce sont des groupes de femmes qui ont décidé de connaitre leurs droits et de lutter contre les violations, notamment les violences et les discriminations, que ce soit dans le partage de l’héritage ou l’accès aux terres ou dans l’autonomisation sur divers plans. Ce sont donc des cercles d’échanges et de réflexion sur les conditions de vie des femmes et de partage des expériences d’action en faveur des femmes.

Les Foyers de protection ‘’Itèna’’ sont, quant à eux, des dispositifs communautaire d’écoute, et de médiation qui sont en train d’être mis en place en faveur des jeunes filles vulnérables ou victimes d’abus divers et surtout de discrimination dans l’éducation scolaire (inscription, prise en charge, menace de retrait forcé, etc.) ; filles menacées de mariage forcé ou victimes de grossesses précoces, surtout non désirées.

Constitués par des couples (mari et femme) d’âge mûr, jouissant d’un certain respect et ayant de la notoriété dans le village parce que influents dans les décisions communautaires en lien avec les chefferies, les Foyers Itèna constituent désormais le dispositif vers lequel se dirigent les jeunes filles victimes, menacées ou vulnérables pour bénéficier de la protection et de l’assistance nécessaires et ce, à travers les différentes interventions offertes (écoute, conseils, médiation et plaidoyers auprès des parents, etc.).

Le but ultime du travail des groupes Assiwa et des Foyers Itèna dans les villages est de protéger les droits de la femme et de la jeune fille dans leurs localités. Par ce fait, ces groupes ont non seulement l’ambition d’organiser la parole des femmes afin qu’elles se fassent mieux entendre, mais surtout d’intervenir (avec une pédagogie ‘’intelligente’’) lorsque les droits des femmes sont violés dans les communautés locales.

Le travail technique auquel ces deux dispositifs endogènes s’attellent est :

Des séances d’information

l-L’organisation des séances d’information et de sensibilisation communautaire à travers des causeries-débats populaires sur les droits de la femme et de la jeune fille avec pour objectifs essentiels de :

Donner aux populations locales les bonnes informations et d’éveiller leurs consciences sur les droits des femmes tels que reconnus par la loi au Togo ;

Permettre aux populations locales de reconnaître les pratiques de violations de droits dont les femmes et les jeunes filles sont victimes ou exposées dans leurs communautés et qui exposent les auteurs à des sanctions pénales ;

Mais au-delà des sanctions, il est question de créer, à travers les sensibilisations et l’éveil communautaire, de l’harmonie dans les relations homme-femme dans les foyers, familles et communautés. Ceci est nécessaire pour pouvoir relever les défis du développement local auxquels les hommes seuls ne pourront pas faire face.

Une assistance juridique

II- apporter de l’assistance (juridique) aux femmes et jeunes filles victimes de violations de leurs droits. Il s’agit :

pour les femmes : d’organiser de l’intervention dans les foyers ou ménages dans lesquels les droits des femmes sont violés et faire en sorte que les préjudices subis soient réparés.

Pour les jeunes filles (victimes ou menacées de violation de droit), d’offrir un cadre d’écoute, de conseil, de protection et d’accompagnement personnalisé (selon le problème auquel elles font face).

En un mot, il s’agit de les accueillir, les écouter, les orienter et les protéger afin que, s’agissant des élèves particulièrement, le problème rencontré ne conduise pas à l’abandon de l’école.

Comment vos programmes sont-ils perçus par la population ?

L’accueil des femmes

Les populations surtout féminines accueillent avec beaucoup d’enthousiasme le programme en cours et apprécient l’espace créé pour leur participation et prise d’initiative.

C’est vrai que nous en sommes encore au début, et qu’il faudra attendre d’ici trois ans au moins pour commencer par avoir de réelles retombées, non seulement pour les femmes en tant que principales bénéficiaires mais aussi pour la communauté dans la mesure où les relations homme-femme seront beaucoup plus harmonieuses qu’avant, laissant ainsi la place aux efforts communs de développement et d’épanouissement dans les foyers et ménages : plus de synergie dans l’éducation des enfants, dans les activités économiques, etc.

L’accueil des hommes

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Pour ce qui est des hommes, ils sont pour la majorité dans la posture de’’Wait and see !’’ . Ils attendent de voir jusqu’où ira cette nouvelle dynamique portée par les femmes avec l’accompagnement d’Action Sud. Quelle incidence ceci pourra avoir sur leurs « prérogatives’’ d’homme et quelle ouverture ils pourront donner aux femmes. Cette position des hommes qui frise la méfiance (que nous trouvons par ailleurs normale) est prise en compte dans la pédagogie du travail qui se construit petit à petit sur le terrain : ne pas brusquer, commencer par les sujets moins délicats sur le plan coutumier, associer les hommes leaders d’opinion et les membres de la chefferie, s’appuyer sur les hommes qui semblent avoir compris ‘’l’affaire’’ pour toucher les autres qui ne verraient pas d’un bon œil cette nouvelle percée des femmes.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Elles sont pour l’essentiel d’ordre culturel, pédagogique et matériel :

Le concept des droits de l’homme et le contenu technique des différents textes qui en découlent, référence sémantique de notre travail, sont difficilement traduisibles dans les langues locales, le Mina ou l’Akposso, au vocabulaire comparatif très pauvre. Comment désigner simplement les concepts (contenu véhiculé par tel ou tel texte/disposition de convention ou de charte, etc.) pour se faire comprendre par les populations locales (rurales et à majorité analphabètes) tout en restant dans le sens du message sans dénaturer le contenu des textes, reste une des difficultés auxquelles nous faisons face et qui constituent du défi permanent.

Ensuite, trouver les bonnes formules et les stratégies adaptées au contexte de la zone pour convaincre les populations, surtout les hommes, et attirer la majorité du côté de cette initiative en construction n’est pas chose aisée, dans un contexte marqué par la tradition et les coutumes qui font des hommes des supposés ‘’supérieurs’’ aux femmes.

Dans les deux situations, il est question de techniques et surtout d’outils pédagogiques adaptés qu’il faut créer (puisqu’il n’en existe pas de spécifiques) et les mettre en œuvre avec des moyens financiers très limités.

Quelles sont vos satisfactions ?

C’est d’avoir enfin trouvé la stratégie que nous pensons endogène, et donc plus durable, pour faire changer les choses en faveur des femmes : celle des dispositifs ‘’Assiwa’’ et ‘’Itèna’’ portés par les femmes elles-mêmes qui estiment avoir trouvé le cadre idéal pour parler et échanger entre elles des questions de droits et de leur épanouissement en tant que femmes ; même si, pour l’instant, elles ont encore besoin de l’accompagnement d’Action Sud pour s’enraciner et grandir dans cette nouvelle dynamique hautement participative et responsabilisante pour elles.

Quelles sont vos relations avec les pouvoirs publics ? Qu’en attendez-vous ?

Ce sont des rapports institutionnels. Mais au-delà, il devra s’installer des relations de plaidoyer pour qu’en amont, plus de mesures administratives se prennent en faveur des femmes. Par exemple que les pouvoirs publics locaux soient plus regardant dans l’application des textes, notamment pour ce qui est du partage de l’héritage, sans discrimination aucune.

À lire aussi

Romain Outcha a régulièrement contribué aux Actes des formactions de la Délégation :

Voir aussi :




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